Homélie de Mgr Pierre Morissette

Messe chrismale 2009

 

 

 

 

 

«Conduits par l’Esprit,                                

 

                                                                     

                                                                      nous marchons avec Toi». 

 

 

 

 

 

 

Tel est le thème retenu pour notre célébration de ce soir.  Depuis deux ou trois semaines, nous, catholiques, comprenons que marcher avec Le Christ, en Église, c’est marcher sur une route étroite et accidentée.  Notre Église est en pleine tempête médiatique, une tempête suscitée par une suite d’événements malheureux ou mal interprétés.  En conséquence, des personnes quittent l’Église avec fracas; elles apostasient; d’autres, tout en restant, ont des mots très durs envers l’institution et ses premiers représentants; d’autres encore, après avoir réfléchi, disent clairement pourquoi elles restent catholiques, tout en soulignant certains défis et certaines conversions qui semblent s’imposer à notre Église.

 

C’est dans ce contexte que nous recevons ce soir trois extraits de l’Écriture Sainte.  Ces trois textes nous parlent de «mission»; ils nous parlent de la raison d’être véritable du Peuple de Dieu, de l’Église.  Ils font trois grandes affirmations:

 

1-   Tout d’abord, une affirmation sur le but de la mission qui consiste à proposer aux hommes et aux femmes de tous les temps un chemin de guérison, de libération, de consolation et finalement de joie. «Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance…  Alors ceux qui pleurent, je les consolerai… ils étaient en deuil, je les parfumerai avec l’huile de joie… ».  La mission n’a pas pour but d’embrigader, de grossir les rangs; elle annonce, elle propose une bonne nouvelle à accueillir librement.  Elle s’accommode mal des slogans et des méthodes qui ne font pas appel à la liberté des personnes.

 

2-   Deuxième affirmation:  la mission est la responsabilité de tous les baptisés.  Il n’y a pas ou ne devrait pas y avoir, en Église, des vendeurs et des consommateurs.  Selon des dons divers, dans des services divers, dans des activités diverses, tous les baptisés sont responsables de proposer à notre monde la bonne nouvelle reçue, toujours dans le souci de l’unité du Corps du Christ que nous formons par notre baptême.  Cette affirmation nous invite à constamment réfléchir sur nos modes de fonctionnement.  Favorisent-ils, tendent-ils à laisser s’exprimer la responsabilité de tous les baptisés?

 

3-   Et troisième affirmation:  la pauvreté des moyens ne peut servir d’alibi pour ne rien faire; elle n’est pas un empêchement à l’annonce de la Bonne Nouvelle.  Elle semble même souhaitée, voulue par Jésus dans les consignes qu’Il donne à ses disciples au moment de les envoyer en mission:  «Il leur prescrivit de ne rien apporter pour la route, si ce n’est un bâton; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièce de monnaie dans leur ceinture.  «Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange».  Comme on le voit, il leur recommande un équipement ultraléger qui permet de se déplacer rapidement.  De ce point de vue, notre Église est en train de rejoindre les propositions de Jésus:  nous nous appauvrissons matériellement; sans parler de notre perte de crédibilité dans de larges segments de la population où l’Église est considérée comme une institution du passé condamnée à disparaître.

 

Cette Parole de Dieu nous pousse donc à la mission:  Tâche immense, moyens faibles, circonstances actuelles défavorables.  À l’aune des critères qui gouvernent notre société, nous sommes en piètre situation.  La route est vraiment étroite et accidentée, pour ne pas dire bouchée.  Comment garder l’espérance  Où trouver l’énergie pour aller de l’avant?  Je vous propose de lever le regard vers Jésus… que nous avons rencontré au désert au début du Carême et que nous rencontrerons au jardin des Oliviers en cette semaine sainte.  Rien de facile pour lui dans ces deux situations.

 

Au désert, il est déchiré par rapport aux moyens à prendre pour la réalisation de sa mission:  suivra-t-il le chemin de la puissance, du vedettariat, de la richesse, ou le chemin de la confiance en Dieu?  Au jardin des Oliviers, il vit le sentiment de l’échec et de l’abandon.  Dans les deux cas, il se tourne vers le Père… il s’en remet à sa volonté.

 

Il scrute la Parole de Dieu.  «Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu».  Dans ce temps de crise où nous nous trouvons, prions l’Esprit-Saint pour qu’Il nous inspire le même mouvement.  Qu’à l’exemple de Jésus, nous nous tournions aussi vers le Père pour qu’Il nous apprenne à juger de tout avec son regard, selon sa perspective à Lui.  Qu’Il nous guide pour que ce temps de crise nous aide à vérifier la qualité de notre foi et à nous enraciner plus profondément dans le service humble et serein de nos frères et sœurs.