Homélie de Mgr Pierre Morissette

Messe chrismale 2010

 

 

Lors de la célébration de la messe chrismale l’an dernier, l’Église était au cœur d’une tempête médiatique importante; vous vous souvenez sans doute des raisons de cette crise : la levée de l’excommunication de quatre évêques traditionnalistes, les commentaires du Pape sur les moyens de combattre l’épidémie de sida en Afrique, et surtout l’affaire de cette petite brésilienne enceinte de jumeaux que l’on avait avortée. Il semble qu’il faille nous y habituer. Cette année, nouvelle tempête médiatique, que certains qualifient déjà de tempête parfaite : elle est provoquée par les nombreux cas d’abus sexuels de mineurs commis par des membres du clergé dans divers pays du monde. Cette crise arrive -  n’est-ce pas ironique… ou diabolique – au moment même où dans l’Église, nous célébrons « l’Année sacerdotale » qui appelle les prêtres à renouveler leur fidélité à leurs engagements.

 

Cette tempête s’ajoute à toutes les autres raisons qui nous poussent, nous prêtres, à la réflexion sur le sens de notre ministère et sur la manière dont nous l’exerçons. Elle constitue une raison supplémentaire de travailler à raffermir notre engagement envers le Seigneur et envers l’Église.

 

Quel est donc le sens de notre ministère? Les textes qui viennent d’être proclamés nous en rappellent quelques aspects importants.

 

·     Notre ministère est un ministère d’annonce d’une bonne nouvelle : « Le Règne de Dieu est tout proche de vous. » Le règne de Dieu se manifeste d’abord et avant tout dans la venue du Fils de Dieu parmi nous; c’est en lui que Dieu nous dit son amour, qu’Il se fait proche de nous. Notre première mission est de proclamer cette proximité de Dieu qui va jusqu’à partager la difficile condition humaine.

 

·     Notre ministère est un ministère de libération, de guérison, de consolation. « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, amener aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté ». Les sacrements célébrés dans la vérité nous permettent de travailler à la libération et à la guérison de ceux et celles que nous rencontrons.

 

·     Notre ministère est un ministère qui veut apporter la paix, un ministère qui vise à construire l’unité. « Dans toutes les maisons où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison ».

 

·     Notre ministère s’accommode mal des moyens de riches. « N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales ». Il ne faut donc pas nous désoler de notre relative pauvreté. Il  nous faut apprendre à travailler dans la pauvreté des moyens, dans l’humilité.

 

·     Notre ministère est encore un don de Dieu pour le service du Peuple de Dieu, un don qui est fait à quelques-uns pour que le Peuple de Dieu tout entier puisse exercer pleinement son sacerdoce baptismal et royal. Notre ministère est relationnel. Le Pape Benoît XVI, parlant du curé d’Ars, disait ceci : « Son exemple me pousse à évoquer les espaces de collaboration que l’on doit toujours davantage ouvrir aux fidèles laïcs, avec lesquels les prêtres forment l’unique peuple sacerdotal et au milieu desquels, en raison du sacerdoce ministériel, ils se trouvent pour les conduire tous à l’unité dans l’amour ». (Lettre d’indiction de l’Année sacerdotale).

 

Plusieurs de ces caractéristiques ne sont pas exclusives au ministère sacerdotal. Elles marquent aussi les autres ministères et services dans l’Église. Quand ces dimensions du ministère presbytéral et ecclésial sont perdues de vue, on aboutit à des difficultés, pour ne pas dire à des catastrophes comme le montre la situation actuelle. « Il existe malheureusement des situations, jamais assez déplorées, écrivait encore Benoît XVI, où l’Église elle-même souffre de l’infidélité de certains de ses ministres. Et c’est pour le monde un motif de scandale et de refus ». La crédibilité de l’Église est alors affaiblie. Des fidèles quittent; la paix qui favorise l’annonce et l’accueil de la Bonne Nouvelle est troublée. Et cela, bien sûr, apporte de l’eau au moulin de ceux et de celles qui en ont déjà contre l’Église.

 

Accueillons donc l’appel de saint Paul à son disciple Timothée : réveillons en nous le don de Dieu reçu quand l’évêque nous a imposé les mains. L’esprit reçu alors, ajoute encore Paul, n’est pas un esprit de peur, mais un esprit de force, d’amour et de raison. Au cours de cette année sacerdotale, la figure du curé d’Ars est souvent apparue dans les discours du Pape. Bien sûr, il ne saurait être question de reprendre matériellement les méthodes pastorales qui étaient les siennes. Mais l’esprit qui était le sien demeure pour nous source d’inspiration, particulièrement le fait qu’il était tout entier donné à son ministère, proche de Dieu par une vie de prière intense, proche des hommes et des femmes de son époque par un désir jamais assouvi de leur révéler l’amour et la miséricorde de Dieu.

 

Frères et sœurs, cet appel que Paul lance à son disciple Timothée ne vaut pas seulement pour les prêtres. Il vaut pour chacun et chacune d’entre nous, que nous soyons diacres, agents ou agentes de pastorale, baptisés et confirmés. Où que nous soyons, quel que soit notre rôle en Église, il nous faut nous rappeler le don reçu de Dieu et il nous faut le réveiller, particulièrement le don reçu au baptême. Ayons à cœur d’être pour nos frères et sœurs une raison d’accueillir le message de l’Évangile par notre fidélité à l’appel reçu de Dieu.

 

Ce soir, dans la célébration qui nous rassemble, je bénirai les huiles des malades et des catéchumènes et je consacrerai le Saint-Chrême. Ces huiles que nous utilisons dans la célébration des sacrements symbolisent l’action de l’Esprit de Dieu qui nous consacre de diverses manières au service du Père et de nos frères et sœurs. Que l’Esprit ravive en nous l’onction dont il nous a gratifiés comme baptisé, comme confirmé ou comme ministre ordonné; qu’il renforce la conscience de la dignité dont il nous a revêtus et des responsabilités qu’il nous a confiées comme témoins de la Bonne Nouvelle.